Les vases communicants - Avril 2016


Dans cet éternel présent de nos regards (2/2)…



Quand nous avons commencé à parler de cet échange, Sylvie Pollastri m'a envoyé une photo ancienne… Cela m'a tout de suite fait penser à cette photo de famille que je garde, avec quelques autres, dans un carton près de mon bureau depuis plus de deux ans. Je souhaitais écrire à partir de celles-ci, cet échange aura été le déclic d'une première tentative.



L'incipit de mon texte reprend celui de Sylvie qui fut la première à proposer le sien. Elle est donc aussi l'auteure du titre de notre Vase Communicant.





Entends-tu ? Entends-tu nos voix qui se sont tues ? Entends-tu derrière nos voix l’étendue du silence qui nous sépare ? Vois-tu dans cet éternel présent de nos regards le lien qui nous unit, maintenant que tes yeux se posent sur nous ?


 
 Toi, la petite fille sur cette photo, ta voix je l’ai entendue, tu étais ma grand-mère. Nous avons passé de longs après-midis ensemble, tu m’as appris à tricoter et à broder. Nous avons beaucoup bavardé, tu as souvent évoqué la Seconde Guerre mondiale et l'enfance de ma mère et de mes deux oncles.

Mais de l'époque de cette photo, jamais nous n'avons parlé ; moi, je n’ai pas posé de question sans doute par timidité ou crainte de t'attrister ; toi, tu n'as rien dis sans doute par pudeur ou parce que la blessure n'était pas totalement refermée. Ce que je sais de ce temps-là, c’est ma mère qui me l’a raconté.



La piqûre de l’Épine noire –celle du prunellier- la septicémie, la mort de ton père… alors que tu n'as que quatorze ans. Tu me parais pourtant bien petite, ici, entre tes deux frères. Tu t'agrippes à la main de l'un comme pour ne pas sombrer et tu t'appuies sur le genou de l’autre comme pour trouver un appui pour l'avenir.



Et puis derrière, la mère, cette figure tutélaire, c’est mon arrière-grand-mère ; elle, je ne l’ai pas connue. C'était une maîtresse femme -on ne dit plus cela aujourd'hui- qui a décidé de continuer la tâche de son mari et a repris la ferme avec le plus âgé de ses fils. Elle a travaillé avec obstination et ténacité. Elle vous a aimé, certainement comme on aimait alors ses enfants, avec distance et retenue. Elle vous a conduit vers l'âge adulte avec autorité et bienveillance, s'acquittant à la fois du rôle du père et de celui de la mère. Puis chacun des enfants s'est marié et a suivi son propre chemin mais ils restèrent fort attachés les uns aux autres et les liens entre leurs enfants furent plus de frères et sœurs que de cousins et cousines.



Oui, j'entends vos voix... Je devine sur le visage des uns la tristesse et la mélancolie, sur celui des autres la détermination et la résolution ; parfois ces sentiments.entremêlés.

Toute votre vie est inscrite dans cette photo solennelle qui m'est parvenue par le biais de trois générations de femmes, de maîtresse femmes.

Que m'avez-vous légué ? Des valeurs que je porte parfois contre vents et marées et qui me fondent et me constituent en partie.



Marie-Noëlle Bertrand

Commentaires

Sylvie Pollastri a dit…
Pour lire mon texte chez Marie-Noëlle Bertrand: http://ladilettante1965.blogspot.it/2016/03/vases-communicants-du-4-mars-2016_31.html
contente d'avoir trouvé lien vers ce texte touchant
Sylvie Pollastri a dit…
J'avoue que je n'ai pas simplifié le parcours. Mille excuses.

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